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 Dunlaïr, Roi des vampires

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Dunlaïr
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MessageSujet: Dunlaïr, Roi des vampires   Lun 8 Mar - 14:09

VAMPIRE

Dunlaïr







  • Prénom : Dunlaïr
  • Date de naissance : Né sous le règne d'Ahmosis, en l'an 1530 av. J.-C.
  • Âge d'apparence : Une vingtaine d'années
  • Lieu de naissance : Thèbes
  • Situation familiale : Concubin de plusieurs damoiselles
  • Orientation sexuelle : Hétérosexuel, en général
  • Pouvoir : Illusion. Ce pouvoir prend naissance dans l'esprit, mais s'étend sur deux branchages spécifiques.
    L'un, du domaine abstrait de la pensée, lui permet d'instiguer des idées dans la tête des autres, faisant croire à toutes personnes qu'elles agissent par leur propre initiative.
    L'autre du domaine pictural, lui permet d'imposer des images, cela peut même aller jusqu'à composer un décor environnant fictif à l'esprit de tous et chacun.
  • Groupe/Clan : Aegyptus




  • Caractère : Si lors d'une seule vie, les hommes et femmes sont capables de passer par plus d'un millier d'états émotifs et d'adopter un nombre tout aussi conséquent de comportements, de faire évoluer ses traits de caractères jusqu'à avoir la possibilité de se transformer en une autre personne, imaginez ce qu'un homme peut devenir en plus de trois mille ans de vie, avec, de surcroit, la conscience d'être la créature la plus puissante de la Terre. J'ai été plus outrecuidant qu'un Roi, plus impotent qu'un vieillard sénile, plus d'un millier de fois amoureux, plus cruel qu'un homme à qui l'on aurait donné tous les pouvoirs législatifs et exécutifs, plus sage qu'un dalaï-lama, aussi désespéré et perdu qu'un enfant que l'on retire à sa mère, à sa maison et à son pays. Ce qu'il en résulte aujourd'hui ? De tout, je pense. Il m'a fallu évoluer avec le temps. Les valeurs sociétales et politiques ont tant changé en trois mille ans que de ne pas accepter les révolutions et les régressions auraient très certainement conduit notre espèce archaïque à la folie, ou à une extrême et insupportable solitude. Ainsi, je ne peux pas vraiment dire que le précepte rendu publique des Cylons sur la révélation des races coexistant avec les humains ne m'ait dérangé. C'est un changement de plus, et cela nous permet de vivre, si j'oserais le dire, sous la lumière du jour. Pour moi et Nemenrê qui sommes les pionniers de notre race, telle chose ne sera jamais possible. C'est une faiblesse qu'il nous faut garder secrète, je ne sais ce qu'il adviendrait de nos millions d'enfants si nous devions mourir tout deux. Peut-être que les vampires disparaitraient soudain de la planète. Les Egyptiens jamais ne doivent le savoir, car il me parait être évident que nous représentons la seule chance pour les Terriens de conserver notre indépendance. Que cela ne vienne pas loger l'étrange idée que je peux souffrir de l'oppression des hommes. Étant le Maître de la Terre, de toutes les vies mortelles et immortelles qui peuvent s'y trouver, je suis soucieux de son équilibre et les extra-terrestres constituent un élément bien trop pondérant d'instabilité. La vie humaine ne doit pas être de leurs préoccupations, seuls nous vampires pouvons décider du sort de leurs vies. Mais au demeurant, le pire ennemi de l'Homme n'a toujours été autre que son reflet. L'immense garde-manger de six mille milliards d'unités que représente cette race ne sera jamais menacée d'extinction par notre inextinguible soif. Il a reçu notre bénédiction de perdurer dans ses habitudes aliénantes et, à la manière des bovins qu'il élève en surnombre, nous le préservons. La venue des extra-terrestres le trouble, et la connaissance de notre existence depuis des millénaires remet en doute sa condition supérieure. L'Homme se sent aujourd'hui enfermé entre quatre murs, menacé de toute part et se méfie de tout, y compris de nous. Je n'ai jamais souhaité une telle confrontation, mais elle est nouvelle, rend incertain l'avenir et par conséquent attise ma curiosité et induit mon implication.

    Ah! Sans doute devrais-je alors remercier ces importuns pour la nouvelle épopée fascinante et excitante qu'il apporte à mon règne paisible, avant de les mener tous à leur perte. Il est parfois difficile de se trouver des raisons de vivre lorsque l'on a passé tous les états des rêves et des désirs à atteindre. Fort heureusement, mes chers humains ont toujours été à la hauteur de mes instants de lassitude. C'est pourquoi j'aime à avoir plusieurs types de relations avec plusieurs d'entre eux.

  • Physique : Traduction du parchemin perdu sur Seth et son enfant incarné sur la Terre d'Egypte :
    Le Dieu est sorti d'une mère humaine dit-on, mais c'est le Dieu Seth qui par sa magie l'a engrossée. Déjà à sa naissance Amon-Râ pour qui un tel monstre ne pouvait exister, jura de le chercher toujours et de le brûler par sa divine puissance. Pour y échapper, la mère du démon qui voyait bien que son fils souffrait de la lumière du jour, le cacha à Amon-Râ pour ne le dévoiler qu'aux ténèbres de la nuit, là où le ciel est aussi sombre que les cryptes des morts. De ce fait, le garçon est aussi pâle qu'un mort, ses yeux et ses cheveux, sombres comme ceux de tous les hommes d'Egypte. Il est grand, mince, mais ses muscles fins sont plus redoutables que ceux des meilleurs guerriers. Son visage étrange peut exprimer les meilleurs des sentiments comme le plus sombre des desseins. La noirceur de ses yeux est dangereuse à ses victimes, qui prisent dans un gouffre sans fin se laissent mourir entre ses bras, comme hypnotisées. Il a beau être le plus gracile des hommes, son maintien, son expression et ses gestes, transformerait le guerrier le plus robuste en un enfant maladroit. Seth a voulu placer les plus terribles de ses pouvoirs dans un homme qui pourrait être sorti de la jupe d'Isis.

  • Histoire :
Je n'ai jamais connu la lumière du jour. Je suis mort né. Je n'ai jamais connu mon père. Il nous a abandonné. En voyant le fruit pourri dont il était la graine, la gangrène, il a du avoir honte de moi et n'a jamais voulu me reconnaître. Ma mère sur lui disait ne rien savoir. Elle était la seule pour qui ma différence ne l'empêchait pas de s'émouvoir. Elle était esclave au palais royal, c'était à peine si on l'avait autorisée à rester au sein des murs royaux pendant sa grossesse, et la fonction qu'elle opérait ne lui fut pas dispensée. Courtisane. Elle obéissait aux ordres des princes, des invités de marque, des rois. Elle a accouché au bout de son septième mois et j'étais mort. L'on m'a embaumé dans des draps de lin blanc, ma mère me pleura et me berça dans ses bras jusqu'à ce qu'elle s'aperçoive que l'enfant emmitouflé bougeait. Faiblement tout d'abord, puis, à le basculer et à l'embrasser, il finit par réclamer, vigoureux et impatient, que l'on fasse taire sa faim. Assez tôt ma nature se dévoila, j'étais gourmand, tant et si bien que mes nourrices se succédaient, chacune se plaignant de morsures bestiales, pus elles finissaient par refuser de me donner leur lait. Je ne fus pas un jeune bébé longtemps, ni un enfant. Je n'avais pas vécu onze ans que j'étais déjà un homme, du moins, à cette époque, je pouvais déjà avoir des femmes, des enfants, et un foyer, mais la fuite vitale de la lumière du jour anéantissait tout projet de normalité, abolissait mes désirs et mettait en lumière aux yeux des autres mon anormalité singulière qui me valait le nom de monstre de la nuit. Et je les haïssais pour cela, comme je me haïssais. Je vivais au palais, je m'occupais des bêtes ou faisais porter les fruits dans leur coupelles d'or et de lapis lapis-lazuli. J'entendais des conversations à mon sujet, des disputes, surtout avec un des princes, qui, après avoir suivi mon évolution et ma particularité effrayante, prit la décision de fuir Thèbes, suivi de ses esclaves, disciples et protecteurs. Dans le milieu de la journée même, je me réveillai avec sursaut et sentit la lame sur ma gorge. Je suais dans mes draps, mon échine brûlait, la chaleur était envahissante, étouffante. Puis le sang jaillit et je vis le visage de mon agresseur, et sa dague luisante de mon sang. « A cause de toi et d'elle, nous sommes obligés de rentrer chez nous », me dit le prince sur un ton rancunier, qui aurait du quitter Thèbes la veille. Et je mourus. Cette fois-ci ce ne furent pas de tristes impressions sur un nouveau-né emmitouflé de draps. Je mourus bel et bien, assassiné, par ce mystérieux prince. Il était prince mais il n'avait pourtant il me semblait, aucune consanguinité avec le Roi Amhosis ou son épouse, peut-être qu'il était un fils, un cousin, ou un frère d'un roi éloigné... mais les questions bientôt tarirent, car c'était la fin de ma vie.

Quelle frayeur alors, lorsque j'ouvris les yeux. Je me redressai, léger, apeuré mais fort et vigoureux. J'étais dans une salle d'embaumement pitoyable et sale, je portais sur moi quelques bijoux que je reconnus comme étant ceux de ma mère. Des parures d'or montées d'Obsidiennes incrustées dans de petits soleils. Elle avait dû se destituer de tous ses biens pour pouvoir me payer ces obsèques. Seuls les riches avaient cet honneur autrefois. Mon corps avait été lavé, parfumé, mes yeux maquillés, le khôl me piquait, et je savais que l'on s'apprêtait, dans la nuit ou le lendemain, à m'ôter la cervelle par le nez, et ouvrir mon ventre pour me vider de mes organes, plonger mon corps dans du natron et me recouvrir de bandelettes de lin. Ma vision était étrange, et j'eus du mal à m'y habituer. Lorsque ce fut fait, je hurlai de terreur en constatant que mon corps offrait une cavité béante à mes yeux, que mes viscères avaient été retirées, mes poumons, mon cœur pour être lavé aussi. Je saisis brusquement la coupelle dans laquelle avaient été disposés mes organes et courus à l'extérieur. Assis près d'un feu, un homme veillait. Je criai, remuant mes viscères au dessus de ma tête, cherchant à comprendre les raisons de ma résurrection, alors que, sursautant à ma venue, l'homme invoquait Anubis, le suppliant de me laisser mort. Et comme il courait, se sauvant aussi vite qu'il pouvait, je me jetai à ses trousses, ne souhaitant qu'à ce qu'il remette mes organes en place et qu'il me recouse. Je criai « guéris-moi, qu'est-ce qu'on m'a fait! » et lui priait pour que les Dieux ne cessent leur enchantement maléfiques. Je courrai beaucoup plus vite que lui, et le malheureux n'avait aucune chance de s'échapper. Je le touchai, le plaquai au sol, et si proche de lui, une odeur parfaitement délicieuse m'embauma au point de me faire perdre la raison. J'eus l'affreuse idée de le mordre. Moi Dunlaïr, le ventre ouvert, mes boyaux dans une main, l'autre enserrant la gorge du bougre qui se débâtait de toutes ses forces; sentant son pouls affolé sous mes doigts. Je voulais mordre un homme et me gorger de son sang. Le mordre comme les seins de mes nourrices, les jugulaires et les joues des amies qui me prenaient dans leurs bras, et tout me parut clair à la réminiscence de ces souvenirs : n'étais-je pas destiné à le faire? N'avait-on pas tracé ma voie dès ma jeunesse? Mourir, renaitre et me venger. Oui, et ce fut aisé, ni sa peau ni sa chair ne me firent obstacle, je bus plus que de raison et je n'avais jamais rien goutté d'aussi bon. J'étais ivre, bienheureux et terriblement malheureux à la fois, le bougre mourut dans mes bras mais je bus encore après. Poussant le corps avec répugnance, dégouté par mon acte et mon plaisir trouvé, je me recroquevillai sur moi même, me balançant d'avant en arrière, mon attention portée sur le silence alentour. Mais je ne trouvai pas le repos : rien était silence. J'entendais le frottement des grains de sable les uns contre les autres, le petit animal nocturne s'affairant sur les dunes sèches, et le feu dansant, bruyant, non loin de nos deux cadavres. C'est alors que mon ventre me picota et je délassai mes bras d'autour des mes genoux pour pouvoir me regarder. Alors, sous mes yeux ébahis et terrifiés, je vis ma peau se refermer d'elle même, mes boyaux et mon cœur à côté de moi, à demi enterrés dans le sable sinueux après la violente accroche avec le pauvre homme. Dans l'ignorance et l'incompréhension les plus totales, je tentai de me griffer, de trouer de mes ongles mon abdomen pour pouvoir y replacer mes viscères, mais mon ventre se refermait toujours. Ni cœur, ni boyaux, ni intestins, comment faisais-je pour me mouvoir ? Comment faisais-je pour parler ? Ressentir ? Pleurer ? Pleurer des larmes de sang ? Mouiller de mes larmes le sable de Désert, plonger ma tête dans le firmament de grains terrestres et me redresser, constatant une nouvelle anormalité caractérisant ma nature neuve : ni les grains, ni le sang séché à mes joues ne se collèrent à mon visage. Tout comme le marbre poli, un simple passage de la main suffisait à tout faire disparaître. J'avais peur que l'homme dont je m'étais repu n'aie raison et que je ne sois la victime d'un maléfice d'un Dieu. Pourquoi moi ?, pensais-je, et pour quelles raisons ? Y en avait-il d'autres que moi, qui souffraient de tant d'ignorance ? Alors, les mots de mon assassin me revinrent à l'esprit « à cause de toi et d'elle ... » : oui, il existait une femelle qui devait sans doute avoir mérité pareil assassinat, et j'espérais, bien égoïstement, qu'elle ait trouvé le même destin que moi, afin de ne pas être seul.

Je ne devais jamais revoir ma mère, me jurais-je, je ne souhaitais pas qu'elle meure à son tour, comme cet homme, par un affreux accident. A compté de cette nuit, je pris la ferme décision de voyager, afin de trouver cette femme qui pouvait bien me ressembler pour avoir attisé la haine de cet homme étrange qui avait voulu ma mort. Je découvris que comme de mon vivant, le soleil et sa lumière éblouissante m'étaient insupportables. Mais cela ne déclenchait plus les pleurs ni la souffrance d'un enfant, mais bien des brûlures mortelles et instantanées. Une fumée blanche suppurait de toute part de ma peau et je devais alors m'enterrer pour m'en abriter. De villages en villages, j'étais forcé de tuer plusieurs fois par nuit pour me nourrir et pour m'empêcher de devenir fou au milieu de tous ces corps pleins de vie aux odeurs délicieuses se mouvant à l'intérieur des foyers. Rien ne m'échappait : j'entendais à l'autre bout des maisons un homme au sommeil bruyant et sa concubine qui soufflait de dépit dans sa couche, je voyais un scarabée porter son fardeau à des lieues de moi dans mon champs de vision, j'entendais même les pensées secrètes des hommes et des femmes. Mais jamais je n'entendis parler d'enfant devenue femme avant l'heure, et à chaque ville quittée, je doutais de plus en plus de la trouver un jour, je doutais même qu'elle ne fut dans cet état de mort vivante qui était le mien.

En rejoignant un jour Héliopolis, je me rendis au temple de Nout pour y rencontrer la prêtresse et comprendre la sentence des Dieux.
- Un jour prêtresse, j'ai vu les pouvoirs de Nout exercer leur grande puissance sur un homme. Il a été assassiné, mais la déesse l'a réveillé, et il marche à présent comme vous et moi sur la terre d'Égypte.
- Comment est-il donc mort, demanda-t-elle étonnée.
- Un homme lui a tranché la gorge, répondis-je.
- Alors ce ne sont que mensonges, même Nout n'est pas capable d'un tel maléfice. Tes yeux t'ont trompés, ou les mots des gens t'ont leurrés.
- Un maléfice ? Pourquoi serait-ce un maléfice, m'écriais-je vexé.
- Les hommes morts restent morts ici-bas, mon enfant, Nout est la mères des âmes qu'emmène Osiris. Nous avons tous le droit à une résurrection, il suffit d'avoir le cœur assez léger pour peser moins lourd que la grande Maat, et tu ne seras pas dévoré par le démon hybride. Tu auras le droit à ta deuxième vie, Ton âme immortelle pourra revivre à nouveau, ton Ka, mais dans l'au-delà, pas ici... tu sais tout cela, n'est-ce pas ?, me dit-elle d'un ton sévère qui indiquait qu'elle en doutait.
- Oui, bien sur. Mais n'a-t-on jamais vu d'hommes épargnés de la mort ?
- Non, ce sont de grotesques balivernes. Les seuls épargnés ont été sauvés par Imothep ou Mafdet, les Dieux guérisseurs. Cela peut marcher si tu les as assez honoré de tes prières assidues tout le long de ta vie.
- Prêtresse, repris-je en sentant ma patience mise à rude épreuve, si je peux prouver, si je suis certain qu'un homme a recouvré la vie après la mort sans quitter son corps, sans passer par la pesée de l'âme et qu'à présent, il est immortel comme un Dieu. On lui a ôté ses organes mais il vit toujours...
- Démon ! Sois tu te joues de moi et cela sera retenu à ta mort, sois cet homme est un démon !
Elle était incapable de m'écouter et de me croire. Cela m'accabla tant, m'échauffa tant, que sans y prendre gare, ma main enserra violemment son cou et le brisa. Hurlant ma détresse et ma rage face aux Dieux, me moquant de leur magie et de leur pouvoir, je bus le sang de la prêtresse, sachant parfaitement que je les insultais effrontément. Nout et son fils Osiris le retiendraient et feraient dévorer mon âme par le démon hybride si je venais à mourir. Mais je ne pensais pas la chose possible. Pour moi, rien ne pouvais venir à bout de mon corps endurcis par la mort. Cette nuit, je tuai beaucoup dans ma furie inconsolable.

Je revins à Thèbes bien dix ans après mon départ. Les choses n'avaient pas bien changées. Je retrouvai ma mère, plus âgée, ternie et assiégée par ses démons, mélancolique et abattue. La tombe de son unique enfant avait été profanée, le corps volé et le garde de nuit assassiné, elle ne se remettait pas de ma perte et de la disparition de mon corps. Elle avait cessé toute activité, et on l'avait congédiée du palais. Elle s'était installée dans une modeste maison faite de briques en argile, ne comportait qu'une unique pièce et le toit, en branche de roseaux fatiguées, menaçait de s'écrouler. Sa modique coure ne faisait que dix mètres carrés tout au plus. Aucune ouverture n'avait été creusées dans les murs, elle était terne, sombre, et le sol de terre rouge n'avait rien d'agréable ni de confortable. Elle avait une unique chèvre et je me doutais bien qu'elle ne se nourrissait que de son lait. Elle se laissait mourir. Et j'étais torturé par cette vision de l'être adoré, le seul qui n'eut jamais été autant aimé de moi, qui se laissait ensevelir sous sa tristesse inconsolable. Je fus forcé de me montrer à elle. Elle n'en fut ni surprise, ni effrayée : elle me pressa de toutes ses forces dans ses frêles bras malades, son cœur battait à tout rompre, et ce fut la première fois que les pensées d'un être humain s'imposèrent à moi aussi clairement, sans devenir d'atroces cacophonies incompréhensibles. Les siennes me disaient qu'elle savait que je n'étais plus humain, elle me croyait être un Dieu incarné en Homme, et elle l'avait toujours pensé ainsi, elle n'avait jamais désespéré de me revoir. Elle pensait que ma mort l'avait rendu mes capacités immortelles. En était-il vraiment ainsi ? Je sais que cette possibilité découlant des convictions profondes de ma mère aura déteint sur moi et mon estime de moi fut à jamais changée. Étant le seul de ma condition apparent, je me croyais en effet divin, voilà sans doute pourquoi , quelques mois plus tard, j'organisai un culte en ma faveur. J'étais l'incarnation de Seth, ou l'un de ses fils, banni de l'au-delà. J'avais des offrandes : des esclaves ou des biens matériels couteux. Je portais un pagne court de lin fin et plissé surmonté d'une ceinture d'or montée de jaspes rouges, j'avais un sceptre crochu dans la main droite, en plomb pour signifier la mort que je distribuai, et je m'en servais pour désigner mes victimes. Des esclaves et des adorateurs me les apportaient, je les transperçai de mon sceptre avant de m'en abreuver et de salir maladroitement mes jupes. J'avais de longs et lourds colliers d'or incrustés de rubis rouge en référence au sang et d'obsidiennes pour signifier le néant, la mort et la nuit, qui pendaient sur mon torse basané. Je portais aussi une coiffe simple : une couronne où siégeait au dessus de mon front la figurine finement sculptée d'un taureau, en reconnaissance de ma force. Ma mère y participait quelque fois, jamais je ne semblais la terroriser, et j'en était comblé. Plus que ça : cet être qui m'aimait et qui était fait de tant de douceur, me confortait dans l'erreur de croire que mes agissements étaient justes. Mais sa proximité me poussa un jour au pire... je ne pris pas garde à ma soif intangible à mon réveil, et, d'une certaine manière, je peux dire que je l'ai tuée. Sa mort m'accabla au plus haut point et le culte dont j'étais le souverain, fut l'exutoire de ma violence et de ma tristesse.

Je l'avais cherchée pendant tant d'années, je l'avais à présent oubliée, et c'est elle qui vint une nuit à moi. Moqueuse et irrespectueuse, elle me dit sous les yeux même de mes adorateurs :
- Je savais qu'il existait en Égypte un autre comme moi. Mais j'ignorais qu'il se prenait pour un Dieu et que, comme un paresseux lion, il demandait à ce que l'on chasse pour lui.
- C'est toi!, dis-je alors interloqué, je la dévorais des yeux, il se passait quelque chose d'étrange en moi : mon bonheur de trouver une paire était mêlé du courroux de ne pas détenir une unique suprématie sur les hommes. Je m'ennuyais, expliquai-je, puis que penses-tu que nous soyons ? Si du sang de Démon nous permet d'être plus fort et plus beau et de faire peur aux hommes, qui donc peut nous empêcher d'en profiter ?
- Tu as raison. Personne ne le peut. Un culte en ma faveur me plairait, mais demeurer assise toute la nuit durant en proférant quelques paroles inoubliables ne m'enchanterait guère. Je préfère aller de ville en ville, choisir d'apprendre ou de terroriser les hommes.
- Je l'ai déjà fait pendant près de dix ans, je suis revenu ici à Thèbes retrouver ma mère, et son avis sur moi fit germer l'idée de faire de moi un Dieu sur Terre.
- Ta mère ?, s'exclama-t-elle, tu as de la chance, la mienne m'a abandonnée, et je n'ai jamais connu mon père. J'ai été adoptée par une famille de paysans... elle plissa les yeux, comment es-tu devenu ce que nous sommes ? Moi, j'ai été égorgée un jour que je lavais le linge proche du fleuve. Mon sang coula dans les eaux du Nil et mon corps fut balloté jusqu'à la coque de la barque d'un pêcheur. Il s'inquiéta de mon état et me porta jusqu'à chez lui où sa femme, plus sage que lui, lui apprit que j'étais morte. Le soir venu, je fis festin de toute la famille. Quel est ton nom sinon celui de Seth ?
- Dunlaïr. Je dormais dans une chambre de domestique du palais royal lorsque de la même façon que toi, l'on m'a égorgé, dis-je alors qu'elle acquiesçait.
- Je m'appelle Nemerê.

Je me retirai de mon office, poussant mes adorateurs à quitter notre maisonnée bien plus spacieuse et solide que celle que ma mère avait eue. Puis nous discutâmes de nos personnes, de ce que nous avions vu, entendu et découvert, des réponses que nous avions pu glaner. Elle ne croyait plus au pouvoir des Dieux pour les avoir si impudemment bafoué. Elle pensait qu'ils étaient inactifs, que s'ils existaient, ils se moquaient bien du destin des hommes, elle savait juste que cette croyance arrangeait bien la suprématie des pharaons. Son impudence me choqua sans que je ne pus ordonner qu'elle ne s'arrête de parler. Je me rendis compte, bien des années après, que j'en étais à vrai dire déjà secrètement convaincu depuis la nuit du meurtre de la prêtresse de Nout. Je lui expliquais, aussi, comment j'avais un jour dévoré ma mère et comment, désireux de la guérir, j'avais fait d'elle quelque chose comme nous en lui donnant mon sang. Et je lui avouais aussi pourquoi elle s'était elle même tranché la tête parce qu'elle n'avait pas supporté sa condition, et que la tête ne s'était jamais recollée. « Elle était irrémédiablement morte ». Je lui dis aussi qu'une femme à qui j'avais donné mon sang ne s'était pas transformée comme moi, mais était devenue simplement un peu plus forte et plus belle, et qu'elle était restée jeune plus longtemps, mais elle était aussi devenue dépendante de mon sang. Et lassée d'un tel amour ardent, je l'avais tuée. Nemenrê buvait mes paroles et avait hâte d'essayer à son tour et de découvrir le mystère qui se cachait sous la différence de la dépendance et de la transformation. Elle ne pensait pas, comme je l'avais moi avancé, que la transformation ne marchait que pour les gens du même sang, de la même famille. Trois nuits plus tard, ayant beaucoup raconté de nous, nous échangeâmes nos sangs par la bouche et cela fut tout différent des hommes, c'était une saveur particulière dont je suis resté friand. Libre de ses gestes, Nemenrê demeura à mes côtés, devenant Déesse de la mort aussi pendant quelques mois et finit par me déclarer son départ une nuit. Nous échangeâmes de nouveau nos sangs, gorges contre bouches, puis elle quitta Thèbes.


Si je m'étais royalement plu à notre spécificité unique nous différenciant des hommes, Nemenrê prit soin de nous reproduire par dizaines en découvrant le secret de la transformation, ainsi sont nés en nombre et en puissance ce que nous appelons aujourd'hui : les vampires. Elle était revenue à Thèbes quelques jours pour m'expliquer, toute excitée sa trouvaille. Pour les Égyptiens, nous fûmes les enfants de Seth, plus tard pour les Romains, les enfants de Mars, et les Grecs érigèrent Arès comme leur maitre et protecteur. Les Dieux et leurs croyances ont été pour moi un moyen de ne pas fléchir, de ne pas devenir fou. Les autres, « les enfants » ont plus de facilité à s'accepter ainsi car ils se savent accompagnés et leur maitre sont tout disposés à leur expliquer qui ils sont. Mais moi, je ne savais pas à quoi était due ma transformation, pourquoi et comment une telle chose avait pu arriver ?

Je n'avais osé confier à Nemenrê que je n'avais ni cœur ni intestins. Mon âme en était-elle changée pour autant ? Depuis mon immortalité, j'avais beaucoup tué, plus encore à la mort de ma mère, la seule qui avait vu un Dieu en moi. Après l'être devenue, elle n'en avait plus rien voulu. A se détester, elle m'avait prouvé qu'elle me détestait aussi en réalité. Ma condition n'avait rien de désirable, tout le monde me craignait. Alors que j'en avais tiré une gloire jouissive, elle me reléguait de concert sans pitié dans ma solitude. Mon culte barbare me lassait, comme l'avait prédit Nemenrê. J'aurais alors voulu plus que tout au monde la revoir, mais elle ne m'appartenait pas, elle était aussi impalpable que le vent, douce , fougueuse, caressante, et paralysante comme lui. Elle ne reviendrait que poussée par les élans de ses propres désirs. Et moi je m'enlisais dans une folie indicible, je tuais beaucoup, je torturais, tentant de tirer des cris et des supplications de mes victimes une certaine pitié, une certaine souffrance partagée. Mais j'étais aussi vide que l'intérieur de mon ventre. Seuls me restaient mes poumons pour inhaler un air dont je n'avais pas besoin et de sentir combien du monde vivant et de ses choses se respirait de bonnes odeurs et combien moi, j'étais mort, enterré sous ma peine et pourri sans que mon corps ne montre le moindre signe de putréfaction. Des nuits, des mois et mêmes des années passèrent ainsi avant que je ne voie Nefertiti et sa beauté si semblable à celle de ma mère. Elle me rendait plus irascible et instable qu'à l'accoutumée. Elle me donnait envie de lui attirer mille souffrances comme ma mère m'avait fait souffrir en se haïssant, me montrant ainsi qu'elle avait été aveuglée par son amour maternel et que tout était parti au point de vouloir m'affliger son abandon cruel en se donnant la mort. Alors que je me tassais sur mon trône, bel enfant des ténèbres terni par une injustice accablante, Nefrtiti montait sur le sien en devenant reine d'Égypte avec son époux Aménophis. Heureuse, elle voyait naître et grandir ses six merveilleuses filles. Un plaisir que moi, Roi des morts, je ne connaitrais pas. Poussé par la vengeance, la folie et l'amertume, je tuais une à une ses filles chéries par la déesse Isis. Mais il me fut impossible de la dévorer elle : Litnerferti. Sa beauté n'avait d'égal que la douceur de ses gestes, que la pureté de son cœur déserté de toutes haines e de toutes rancœurs. Tout autour d'elle attisait sa curiosité, sa compassion et son amour. Même la barbarie d'un meurtre ne l'empêchait pas d'avoir quelques idées d'apitoiement pour le meurtrier. Il devait toujours y avoir une raison pour cela et elle semblait la comprendre sans même la connaître. Litneferti. Son nom n'avait de cesse de résonner dans ma tête, dans mes entrailles dénuées d'entrailles. Litnerferti m'aimer malgré la souffrance que j'affligeai chaque nuit à sa mère ? Lintnerfti m'aimer malgré les meurtres de ses sœurs qu'elle chérissait ?

Alors que je pleurais, conscient d'avoir anéanti le plaisir d'être un jour aimé d'elle, elle se réveilla, blottie dans ses beaux draps blancs et marcha d'un pas lent jusqu'à la terrasse où je m'étais assis pour la regarder dormir. Elle posa une main effleurante sur mon épaule. Ses yeux gonflés par les larmes coulées pour ses sœurs partageaient à présent ma souffrance. Lorsqu'elle s'aperçut du sang sur mes joues, elle eut un mouvement de recul et un hoquet de terreur. Elle abattit ses mains sur ses douces joues.
- Ô miséricordieux Athon, mais qu'avez-vous donc ?
Ah sa voix ! Si douce, si meurtrie, si inintentionnellement sensuelle, que venait-elle de faire ? Être si près d'elle était un supplice, entendre sa voix alourdissait ma poitrine, comme si une enclume s'était logée à la place de mon cœur et tombait sans fin, me donnant le vertige. Et son regard qui me caressait... savoir seulement que ses yeux cette nuit ne regardaient que moi, que son cœur ne s'inquiétait que pour moi me transportait dans un abîme en apesanteur. Et soudain, la culpabilité m'empoigna. Oh oui, je la désirais, et je voulais qu'elle m'aime, mais pour ce que j'étais. C'était sans compter ne pas lui confesser mes derniers meurtres. Son sang, à quelques centimètres d'elle, était plus tentateur encore que ses lèvres épaisses. Nullement effrayée, elle ne voyait qu'un homme dans le besoin et elle tendit son bas nu pour essuyer de son doigt une larme chue. Je ne m'autorisai pas au laisser-aller savoureux du toucher, je n'aurais même jamais voulu sentir sa peau chaude sur moi tant elle m'était désirable. Alors je m'en retournai et enjambai la balustrade, me laissant tomber des trois étages sous le cri de surprise de ma belle. Je suis revenu, bien sur, malgré la promesse faite à moi même de fuir à jamais Thèbes dès la nuit prochaine. Je partais toujours avant qu'elle ne s'éveille, et jamais je ne pensai qu'elle n'avait pu surprendre mes visites nocturnes. La vision virginale qu'elle offrait me renvoyait chaque nuit à ma monstruosité. Jamais je n'attenterais à cette aura divine, pensais-je. Cela faisait un mois ou presque que je l'épiais à la dérobée, et, alors que je prenais l'irréversible décision d'un adieu définitif, j'appris que le bel Aménophis 4 devenait Akhénaton et qu'il déménageait à Tel el-Amarna suivi de toute sa belle famille. Nefertiti et Litneferti, mon objet de vengeance et celui de ma rédemption, évanouis pendant mon sommeil. C'était tant mieux, n'était-il pas ? Je ne serais plus tenté de rien si seulement je restais à Thèbes.

Alors je repris le culte de Seth, mais le Roi et la Reine qui avaient désigné Aton comme le seul Dieu à honorer, renvoyaient tous les autres culte au rang de facétieux et d'irrévérencieux envers le Pharaon. Par leur caprice monothéiste, ils me poussaient à rejoindre l'unique objet d'intérêt qui pouvait encore exister pour moi. Ma princesse n'avait pas changée, pensive et lointaine, elle était accoudée à son balcon, son visage se mouvant sous les flammes de bougies immenses, lorsqu'elle fut attirée par ma cachette peu discrète et me reconnut. Sa bouche s'arrondit et laissa échapper un souffle interloqué.
- Vous ! Ne partez pas !, s'écria-telle en me faisant signe de la main, ses doigts élégamment écartés, comme si elle concevait l'idée que je puisse me glisser au travers de sa supplique déguisée en ordre si peu impératif sous sa voix douce. Charmé, je ne pus que rester dans les parages alors qu'elle accourait au rez-de-chaussée, dans le jardin qui faisait office de coure intérieure au nouveau palais de la famille royale. Elle arriva presque en courant sur les herbes douces. Sa robe blanche et légère moulée au près du corps flottait derrière elle au niveau des chevilles, ses pieds nus frôlaient le sol presque sans le heurter et diffuser dans le sol des ondes discrètes atteignant la semelle de mes sandales et la plante de mes pieds. Elle m'appela en chuchotant, me nommant « l'étranger ». Je m'étais déplacé du chemin sablonneux et attendait sous un platane, essayant de trouver le sage courage de partir avant qu'il ne soit trop tard. Mais l'enfant capricieux que j'étais ne voulais pas attendre de me convaincre de la laisser à sa paisible vie, et j'apparus, un sourire doux planté sur mon visage qui cachait mille entourloupes vicieuses.

- Vous êtes le garçon de Thèbes, dit-elle, j'ai bien cru qu'il vous était arrivé malheur lorsque vous avez sauté du balcon la dernière nuit. Mais vous avez survécu, puisque vous êtes revenu me visiter souvent. Qu'êtes vous pour avoir surmonté une telle chute ? Comment faisiez-vous pour venir me voir ? Le palais était bien gardé, celui-ci l'est plus encore... et vos yeux : pourquoi sont-ils si méchants et si tristes à la fois ? Pourquoi venez-vous toujours me voir, et pourquoi fuyez-vous toujours la parole lorsque je fais mine de me réveiller ? Et pourquoi... pourquoi j'aime que vous soyez là même si je n'en ai pas le droit et même si je sens que vous êtes quelque part mauvais et que je ne devrais pas aimer votre présence. Je voudrais même... vous toucher et vous...

Elle s'arrêta. Sans doute n'en revenait-elle pas de tant en dire. Toutes ces choses qu'elle avait gardées secrètes et qu'elle pensait n'être que d'évanescents soupirs amoureux. Le Démon que j'étais avait de part nombreuses fois pu comprendre qu'il attirait et émerveillait par son charme irréel, que les victimes parfois, mouraient dans de splendides soupirs transis. Cette sincérité pure et naïve m'engagea à me confier de même, afin de ne pas laisser un seul instant les remords occuper ses pensées. Elle en avait tant dit, je ne m'étais préparé ni à son amour naissant, ni à son acuité si pointue qui lui avait indiquée que j'étais démon. Si belle, sensible et intelligente, ma poitrine n'en pouvait plus de tant de vifs élans.
- Vous avez raison Litneferti, je ne suis pas un homme bon. Je ne suis à vrai dire même plus un homme du tout. Je doute de l'avoir été un jour, dis-je en baissant la tête, me plongeant dans mes tristes souvenirs et négligeant ma concentration à toujours laisser entre nous une distance de sécurité. Trop bonne, elle avait du voir sur mes traits le passage d'une peine à l'évocation de souvenirs et s'était approchée de moi. Le remarquant, je reculai en la défendant de venir trop près. Elle n'en avait que faire et me prouvait en avançant toujours qu'elle était princesse et qu'elle n'avait d'ordres à recevoir de personne.
- Vous ne comprenez pas. N'approchez pas plus ou vous le regretterez, n'ayez pas de compassion pour un homme qui vous a fait tant de mal !
- Du mal ?
- Restez où vous êtes !
- Très bien... dites moi seulement votre nom.
- Dunlaïr.
- Dunlaïr, répondez à mes questions, je reste ici.
- Bien. Je... suis un démon, Litneferti, il n'est qu'un astre qui puit me tuer et c'est bien celui que porte Aton. La chute de votre terrasse fut comme le saut d'un chat d'un muret sur le sol. Je suis aussi discret qu'un souffle, mon ouïe porte plus loin que celui du chacal, j'entends même les paroles tacites de la pensée. C'est pourquoi éviter la garde royale ne m'est pas difficile. Avez-vous peur de moi Litneferti, ou souhaitez-vous que je ne continue ?
- Je voulais réponse à toutes mes questions, dit-elle fermement. Je souhaite seulement avancer d'un pas.
Surpris, je sondai son âme à la recherche d'une pensée qui prouverait son impiété à mes mots. Mais elle me croyait et n'avait pas peur, elle était de plus persuadée de mon incapacité à la heurter.
- Soit, fis-je. Mes yeux... mes yeux sont méchants parce que c'est ma nature de l'être.
- Mais vous m'aimez pourtant !
Par Seth ! Elle me paralysait tant elle comprenait de choses muettes.
- Oui... n'avancez pas !, ordonnais-je en la voyant avancer encore, ne doutez pas en ma monstruosité princesse, j'ai fait du mal à votre famille, et à d'autres bien avant votre naissance. J'y suis forcé pour demeurer. Je dois boire le flux qui fait vivre les Hommes.
- Mon sang ?
- Leur sang, corrigeai-je.
- Un Démon serait-il donc capable d'aimer ?
- Et c'est ce qui me rends si malheureux.
- Je vous cause du chagrin ?
- Non... non. Vous m'êtes plus douce qu'un bain de lait, plus enchanteresse qu'un arbre généreusement pourvu de fruits juteux et murs, plus porteuse d'espoir qu'un pharaon confiant qui dirige l'Égypte et rallie les peuples... vous m'êtes plus encore, c'est indéfinissable. Mais je sais que jamais je ne devrais ni ne pourrais être aimé de vous. Je ne devrais même pas m'autoriser à vous parler. Chaque seconde à vous connaître plus, à vous humer n'est qu'un pas de plus vers un arrêt terrible. Je vous en prie, n'approchez pas. Ordonnez moi même de partir ou de tout vous révéler. L'un ou l'autre auront la même fin : votre haine.
Elle me sourit doucettement, comme la mère qui veille sur son enfant, et je le sus, elle était à des lieues d'imaginer mes crimes et me prenait pour un corps de Démon mais une âme toute innocente.
- Qu'avez-vous dont fait qui mériterait le courroux royal ? Nous avez-vous volé quelques esclaves ? Avez-vous eu quelque idée saugrenue de mariage avec moi ? Ou alors...
- Loin de là, vous m'insultez ! Vos jeunes années luxuriantes, votre éducation royale vous permet de vous adresser à moi sur ce ton. Oubliez votre rang princesse, car ni les Dieux, ni votre armée ne sauraient vous protéger de moi, oubliez ce que vous avez appris car j'ai bien plus vu, bien plus vécu que vous et vous me paraissez bien jeune ainsi présomptueuse. Vous qui semblez comprendre tant de choses sans que l'on ne vous les explique, vous me décevez de ne pas l'avoir deviné.
Je ne sais si elle fut plus vexée que désolée ou même bouleversée, mais un long silence s'imposa durant lequel ma tête ne fit qu'un tour, il me fallait partir à jamais. J'avais assez discuté pour emporter avec moi dans mon éternité ses douces flagrances, j'avais assez fait souffrir sa mère en tuant trois de ses filles. J'aurais voulu lui assener le coup final en lui volant la plus précieuse de ses filles et m'offrir ainsi une compagne dont je ne me lasserais sans doute jamais, mais l'amour dérangeait mes projets et me rendait plus soucieux des désirs de Litneferti que des miens. Mais elle m'avait déçu, me dis-je, c'était bien la preuve qu'elle n'était pas si intelligente et que je m'en lasserais tôt ou tard? Les femmes radieuses et belles de l'espèce qui impressionnent par leur raisonnement, riches et caractérielles mais bienfaisantes n'existaient pas.
- Je suis désolée, me dit-elle sur un ton murmurant, je savais que vous étiez un Démon qui boit du sang. J'ai prié Aton pour me protéger de vous et il m'a envoyé des images de vos meurtres. Il y avait même une prêtresse et... ô Aton, soupira-t-elle la gorge coupée, les larmes roulant sous ses yeux noirs, une de mes sœurs ! J'ai prié, tellement prié pour qu'Aton m'empêche d'être contente lorsque je me savais épiée de vous, et j'ai prié aussi pour qu'il m'ôte cette impatience durant le jour que j'avais en attendant la nuit. Je priais, je priais avec ferveur, répéta-t-elle, je savais que vous m'aimiez sans avoir jamais entendu un mot de vous. A vous voir, cet amour qui vous ronge me dévore aussi. Vous êtes si beau, vous avez l'air d'un enfant. Vous êtes si émouvant, vous parlez si bien, je n'arrivais pas à croire que vous puissiez être si méchant. Oh je voudrais que vous ne soyez jamais monté sur ma terrasse, je voudrais que vous m'ayez tuée comme mes sœurs.

Elle s'écroula sous le poids de sa culpabilité et pleura. Dès lors, il était de son devenir devenu une évidence, je la désirai bien plus qu'auparavant. C'est ici, dans son jardin, que je la pris dans mes bras contre mon torse nu, que plaquant me main glaciale contre son front, je redressai sa tête en la forçant à se poser sur mon épaule. Puis je caressai du doigt son cou, sa clavicule, et y déposait de légers baisers. Les yeux dirigés sur le firmament céleste, elle entrouvrit les lèvres et expira silencieusement. Sans l'instruire ni même la prévenir, je plantai mes crocs dans sa tendre chair et disposai ma main contre sa bouche pour l'empêcher de crier.
Au lendemain, le Reine avait perdu sa fille favorite, et Litneferti dormait chez moi.

Elle ne m'a jamais pardonné je pense, sans pour autant vouloir me quitter ni même me dispenser de ses baisers et de son amour. Ma soif de sang s'amoindrissait grâce à elle. Il arrivait même des nuits où je ne tuais pas. Et comme le fils d'esclave que j'étais n'avais pas eu le droit à l'instruction, et que je n'avais jamais trouvé utile de savoir lire -sans doute par fierté- elle m'apprit le langage des hiéroglyphes, et je trouvais dans les textes de scribes et de pharaons des vérités et des sujets qui me plaisaient follement. Il n'avait jamais plus été question de continuer de culte de Seth. Nous avions déménagé, toujours à Thèbes et avions une maisonnée respectable sur deux étages munie d'une coure fort agréable et des esclaves pour la tenir qui ne posaient jamais de questions. Nous vîmes passer ensemble les Pharaons d'Égypte, ainsi que quelques vampires que Nemenrê avait créé, des enfants qui eux même en avaient engendré d'autres. Leur prolifération m'irritait au point d'en tuer quelques uns parfois. Nemenrê vint un jour nous visiter, furieuse, et m'accusa d'avoir tué un de ses fils et qu'elle l'avait senti. Je me souviens lui avoir ri au nez en lui disant que Thèbes était mon territoire et que je pouvais en refuser l'accès aux autres. Mes mots l'avaient rendue hystérique et elle jura de se venger de moi. Litneferti, fort heureusement pour elle, était bien trop importante même à ses yeux pour qu'elle ose attenter à sa vie. Je me souviens que la chose avait tourné au jeu, elle avait tué un esclave, bien plus tard, que j'avais vampirisé pour qu'il apporte plus rapidement nos commandes de meubles et de bijoux.

Nous étions aux alentours de -315 av. J.C. Lorsque me vint l'idée de choisir un apprenti afin de l'élever de sorte à ce qu'il ne soit pas rebuté à l'idée de devenir vampire, et d'aimer comme moi les carnages sanguinaires. Ma douce Litneferti en ressentait peut-être parfois l'envie, mais elle ne supportait toujours pas le mal volontaire pour le plaisir et non pour la nécessité de vivre. Je crois me souvenir qu'elle me faisait d'inappropriées comparaisons sur les animaux que les hommes tuaient pour se nourrir ou pour se défendre. Que nous n'avions pas besoin de nous défendre, nous qui étions si forts, et que les hommes ne devaient mourir uniquement lorsque nous ressentions la faim et cetera et cetera... comme disaient les Grecs. En parlant de Grecs, une nouvelle famille digne de perdurer longtemps s'était formée à Sparte selon mes éclaireurs vampires. Nemenrê, il me semble était même allée les voir et leur parler d'elle. Je crois qu'elle ressentait un immense plaisir à être admirée pour son âge et sa particularité, que je partageais : être la première vampire au monde, sans avoir été engendrée. Quant aux reste, les autres vampires, enfants de Seth, perdus dans leur violence et éduqués dans un but destructeur, qui révélaient leur secret au moindre humain croisé, étaient tous supprimés par mes soins. J'avais des guerriers ambulants qui avaient pour devoir de voyager et d'éliminer les dissidents immortels qui ressemblaient plus à des animaux qu'à des hommes civilisés. Aussi, lorsque plusieurs d'entre eux étaient en conflit, mes guerriers s'occupaient de les séparer, de supprimer un parti si meurtre il y avait, ou d'amener le meurtrier jusqu'à notre maison de Thèbes. Litneferti et moi l'écoutions, jugions son acte et choisissions de l'acquitter ou de le punir. Les sanctions étaient adaptées au contexte, soit expatriation comme étant la plus douce, et la mort, à l'inverse, comme étant la plus sévère. Nous avions aussi des cachots, dans le désert où bien des vampires avaient trouvé la mort. Nemenrê de son côté, opérait avec la même parcimonie. Elle comprenait le danger du nombre et de la mauvaise éducation pour le destin de la Terre et des hommes. Le contrôle des immortels constituait pour notre triade, moi Litneferti et Nemenrê, notre principale préoccupation.

Pour ce qu'il était de mon projet, aucune humain ne semblait avoir assez de caractère pour convenir au disciple que je voulais former. Je l'imaginais sous les traits d'un homme, mais c'est sous ceux d'une femme que cet esprit compliqué et revêche m'apparut. Elle portait le nom de la déesse à laquelle j'avais voulu soutirer des informations sur mon compte par la voix de sa prêtresse à Héliopolis plus de mille ans auparavant : Nout. Ses yeux étaient d'un bleu topaze, tout sur son visage indiquait combien elle était cruelle et traitre. C'était une esclave, personne ne voulait d'elle et son prix était bien modique en comparaison de sa beauté enfantine. Son acquéreur voulait s'en débarrasser vite, elle était dangereuse et avait causé la mort de plusieurs de ses maitres. Moi, Démon d'une autre espèce, n'avait pas peur d'une humaine capricieuse et elle fut conduite dans notre nouvelle demeure, à Alexandrie. Elle était sauvage, rechignait à laver le sol ou s'occuper du jardin. Elle regardait les autres faire en croisant les bras et haussant les épaules. Si on la réprimandait, elle dévisageait avec arrogance, et lorsqu'on la punissait, elle n'avait pas un cri, pas un mot de repentir, seulement des larmes de rage qui lui coulaient sur ses joues sous les coups de fouet. Son comportement nous était rapporté la nuit venue, et nos esclaves choqués nous conseillaient de la revendre ou même de la donner en pâture aux cochons. Je m'esclaffai, chaque fois plus heureux et satisfait, et ordonnai qu'on déménage ses quelques affaires dans une chambre plus grande et plus joliment meublée. A chaque fois que j'entendais parler de ses frasques insolentes, je lui offrais quelque chose, sans jamais la voir personnellement. Une fois je crois, alors que je sortais chasser, je la vis lascivement adossée contre une colonne à regarder mes esclaves aménager une nouvelle salle de bain à la mode romaine, sans participer aucunement. Je plongeai mes yeux dans les siens et imposai à son esprit cette maxime : « il n'y a que le chat qui se prélasse et quémande sans ne rien donner en retour ». Elle ne fut pas effrayée, je crus sur l'instant, devant son absence de réaction, qu'elle pensait qu'elle avait imaginé ma voix... mais il n'en était rien.

Au bout de quelques semaines, je me sentis suivi la nuit et je ne fus pas surpris de déceler la présence de cette esclave bien permissive. Je me laissai suivre un temps, puis la semai pour me nourrir tranquillement et peut-être suivait-elle aussi Litneferti. Elle parvenait, il faut le croire, à retrouver les corps de nos victimes abandonnés au hasard dans la vile, sur le port ou au rivage du Nil, car elle savait absolument tout de nous. Un soir, l'humeur à l'amusement, j'ordonnai un entretien privé avec elle, prétextant le sujet de son comportement, et la fis chercher pour qu'elle se rende impérativement dans ma chambre. Alors que je la sermonnai sur les sens des mots discipline et obéissance et que je lui demandais, sans vraiment vouloir l'entendre, ce que j'allais bien pouvoir faire d'elle, elle me sauta littéralement dessus en jurant et en criant. Elle me traitait de Démon suceur de sang, elle en connaissait les légendes et elle n'avait pas peur de moi, car elle même était un Démon de l'espèce humaine, et cetera et cetera. Elle était vive et elle se révéla ainsi par elle même comme étant ma nouvelle fille. Je l'ai battue et enfermée dans une pièce exigüe. Ses poignets étaient attachés et reliés au plafond par de solides chaines en or. Son pagne blanc et moulant était déchiré et sa poitrine était mise à nue. Ses longs cheveux noir ébène étaient collés de sang, son dos fendu par les coups de fouets et les griffures, ses cuisses suintaient du rouge et ses mollets, fatigués de supporter son poids jour et nuit sans relâche étaient sans cesse pris de violentes crampes. Je venais chaque nuit, léchais ses blessures et y laissais parfois quelques de mes précieuses gouttes vermeilles qui refermaient les plaies, anesthésiaient et désinfectaient. Parfois en prélevant quelques gorgées délicieuses, j'entendais d'inaudibles soupirs de plaisir. Puis elle finissait toujours par m'insulter et hurler. A la quatrième lune, elle était si fatiguée qu'elle s'était évanouie et ses poignets s'étaient fêlés sous le choc. La douleur aurait été pour nombre d'humains insoutenable, mais elle tenait bon, serrant les dents et fulminant. Sur le sol, cependant, s'étalaient flaques de vomissures qui en disaient long sur sa douleur. Elle s'était déféqué dessus mais ne semblait en ressentir aucune honte. Elle s'écroula une seconde fois sous mes yeux, à demi-morte. Je défis ses chaines et la transportai jusqu'à une chambre entièrement neuve. Le lit baldaquin était de montant d'or, les draps étaient de soie, les coussins par dizaine. Avant de l'y faire allonger, je l'avais trempée dans un bain chaud et avais nettoyé toutes ses plaies. Dans son inconscience, elle m'avait chaleureusement enlacé en prononçant mon nom que je pensais lui être inconnu. Cette initiation au plaisir de la douleur passée, il était temps de lui permettre de la provoquer à son tour. Dans les draps caressants, je bus son sang jusqu'à ce qu'elle ne frôle la mort et m'écorchai le poignet pour y faire glisser mon flux vital dans sa bouche.

Elle fut une merveilleuse élève, aussi gourmande qu'un crocodile du Nil, aussi cruelle qu'une lionne et aussi insoumise qu'une chatte. Elle me craignait tout autant qu'elle aimait me mettre au défi. Si je n'avais jamais pu enfermer Litneferti dans un rôle restreint de la femme soumise sur laquelle j'avais tous les droits, j'en avais décidé autrement de Nout. Elle devait m'appartenir entièrement, ma violence devait être subie, supportée et pardonnée, mon amour désiré et vénéré. Elle comblait parfaitement mes attentes et plus encore : Nout adorait par dessus tout me provoquer. Elle attirait mes foudres et aimait je pense, mes punitions. Elle se choisissait des amants, et je les assassinais sauvagement, devant elle quelques fois, sous ses yeux à l'expression cruelle et son sourire mutin. Je finissais par la battre ou la posséder, les deux, en signifiant là que j'étais le seul qu'elle pouvait séduire.

De cette même période, l'ont vit se lever l'empire Romain, plus puissant que jamais, alors que l'Égypte et son temps des Pharaons disparaissait à jamais, lorsque Cléopâtre se donna la mort plutôt que de voir son immense royaume enchainé sous le joug des Romains. Comme l'on en a souffert. Moi, Litneferti, Nout et Nemenrê, nous vîmes peu à peu notre grande culture réduite à néant et les souvenirs dans les esprits des hommes au fur et à mesure que les générations se succédaient ne devenir plus que des « on dit », des histoires, de l'Histoire.

Au bout de quelques années, l'on nous rapporta une fois de plus l'émergence d'un clan de vampires puissants, Romains. C'est un des fils de Nemenrê, Lucius qui en était l'un des pionniers. C'est avec rancœur mais sagesse, que nous décidâmes tous quatre de leur laisser la vie. Mais Rome et sa puissance devait aussi disparaître, alors que Jésus convertissait sur son passage de nombreux villages au christianisme. Nous n'y avions jamais cru, tout cela n'était pour moi que les balivernes d'un fou, et cela ne durerait jamais. Quelle surprise alors ! Lorsque nous vîmes les années passer, et les pays un à un convertis à la religion qui justifiait de nombreuses guerres ridicules afin de rendre unique au monde l'adoration de « Dieu » et de ses saints. L'Égypte, elle, voyait naitre « Allah ». Le monde, la Grèce, Rome ou encore l'Égypte n'avaient plus rien de leur splendeur d'antan. C'est lors de ces années de décadence, de régression et de violence, d'idiotie collective qui suscitait ma répugnance, que mon moral, au plus bas, me plongea dans une intense dépression. C'était en l'an 237 de notre ère. Ma tristesse, la chute d'un Royaume qui était le mien, la fuite d'une culture qui était la mienne me laissaient dans un état pitoyable et effrayant, surtout pour mon clan. Je prenais cœur à tuer tous les vampires que nous avions transformé ou non, du moins : ceux qui descendaient d'Égypte. Je pensais que nous devions mourir avec notre temps, que plus jamais nous ne connaitrions la paix et le bonheur. Nemenrê ne supporta pas longtemps mes déboires et partit voyager ou dormir, je ne sais. Nout, elle, ne m'avait jamais connu si faible et si déséquilibré. Sans oser quitter notre maison, elle se terra en attendant de retrouver son Dunlaïr, préférant ne rien retenir de toutes ces folies afin de préserver l'autorité que j'avais sur elle. La vérité je pense, était que sans mon autorité, elle ne savait plus que faire ni qui être. Y avait-il quelqu'un de plus vengeur et violent que moi pour la faire taire ? Ne restait que Litneferti pour prendre part à ma douleur et s'occuper de moi, me calmer lors de mes crises de folie, m'empêcher de me tuer, brûlé sous le feu sacré d'Amon-Râ, ou de tuer tous ces hommes et femmes qui ne connaissaient plus rien de ce qui me tenait à cœur.


Cette période dura bien longtemps. Trop longtemps. Nout fut heureuse de me retrouver. Nemenrê revint plus souvent dans notre maisonnée et Litneferti nous quitta. Elle avait tant trimé pour moi, me soutenant, conservant l'Espoir pour nous deux, s'oubliant pour ne faire vivre que moi, que lorsque je fus fin prêt à marcher sur le monde par mon propre chef, elle partit, lasse et perdue. Je comprenais bien qu'elle avait besoin de se retrouver, et pour dire vrai, la chose m'arrangeait. Je voulais oublier cette période de vide, et sa présence ne m'y aidait pas. Mon ingratitude avant qu'elle ne parte se traduisait dans mon indifférence vis-à-vis d'elle. Peut-être que c'est aussi chose qu'elle n'avait pas supporté.

Le Moyen-Âge fut presque d'un ennui mortel. A cette occasion, nous partîmes vivre en Occident pour la première fois depuis notre création. Chose curieuse de ma part -moi qui aimait tant ma solitude et ma suprématie- ce fut aussi l'époque où j'aimais à recevoir dans ma maisonnée des vampires qui voyageaient de part le monde. J'eus même l'idée d'acheter plusieurs demeures dans toute l'ancienne Europe et de faire courir la nouvelle chez les vampires d'escales entièrement gratuites pour vampires. Il n'était pas dit, bien évidemment, que les vampires que je croisais non méritants des pouvoirs de la nuit ne repartaient jamais de mes hôtels. Ce fut une époque, au sein du clan Aegyptus, où nous avions besoin de nous savoir à proximité et en même temps de nous sentir libres de partir, seul. Je pense que le fait de s'ouvrir au monde nous donnait l'envie irrépressible de le parcourir, et en même temps, nous savoir proches les uns des autres nous rassurait. Nous nous écrivions beaucoup de missives dans lesquelles nous nous informions toujours de notre localisation présente et à venir. Il était facile ainsi, de se rejoindre dans un de nos hôtels.

Les prémices de la Renaissance, bien qu'elle n'arrivait toujours pas au niveau philosophique et hygiénique de notre temps, apportait un renouveau dans la danse, la peinture, la musique et même l'architecture. Elle fut bien plus intéressante à suivre et découvrir que les siècles derniers et nous vampires des clans ancestraux, étions bien moins proches les uns des autres. Seule Nout à qui je me donnais le pouvoir de lui laisser ses moments de liberté, me suivait à la trace dans mes voyages en France, en Italie et en Espagne, et puis comme découvert à cette époque : les terres d'Amérique. Mais je revins bien vite en France, car l'on ne parlait plus que de Louis XIV et de son château, de son jardin, de l'argent fou qu'il dépensait et de l'art qui prospérait. Enfin, les hommes réfléchirent davantage, et naquit le siècle des lumières tout en ironie et en révolte. Plus tard, dans le milieu du XIX ème siècle, je m'étais beaucoup intéressé à ces Indiens pourchassés en Amérique et la longue conquête de l'Ouest. Tout ceci était exaltant, jamais nous n'aurions cru, au temps de l'Égypte ancienne, que notre Terre était bien plus grande que ce que nous avions escompté. Pour la première fois depuis bien longtemps, je devais admettre d'être doublé par ces nouveaux hommes... en bien des domaines. Et leur désir d'apprendre du monde, de sa consistance, d'eux-mêmes et même plus tard de l'univers ne faisait à cette époque que germer. J'assistais avec émerveillement à la naissance de l'électricité, avec Volta suivi de près par Edison. Et puis vint l'époque moderne, jalonnée d'inventions absolument incroyables et magiques, moi qui avais tant été admiratif face au train vapeur, aux bicyclettes, à l'ampoule, voilà qu'elles éclairaient les villes la nuit et les maisons, finies les torches et les lampes à huiles! Elles s'actionnaient par "interrupteur". Il y aurait tellement de pages à écrire sur les impressions que ces inventions me firent, sur leur fonctionnement et leur contexte, car tout ceci en vérité me passionne, et encore aujourd'hui, j'aime à savoir comment tout marche.

Ce fut le temps où naquit en moi le respect des hommes. A cette époque, je redoutais tellement de tuer un homme qui avait un avenir brillant, qui détenait des secrets d'inventions grandioses, que je lisais toujours en eux avant de prendre leur vie, et je m'attaquais plus volontiers aux femmes et aux mendiants. Mais cela devait aussi changer, car les femmes à leur tour prirent leur revanche sur les siècle, que dis-je, les millénaires qui nous précédaient. Avec le temps, elles prirent presque autant d'importance que les hommes. Ceci étant, Nout prit modèle de ces femmes et tenta, vers 1920 alors que nous étions en Amérique, de s'insurger contre moi. Ce que je n'acceptais évidemment pas. C'est dans ces années d'émancipation, que je forçais les Aegyptus à se retrouver. Je ne peux qu'avouer que cette nouvelle vague de liberté féminine me déroutait, puisque déteignait sur mes femmes. J'intimais Litneferti et Nemenrê à nous rejoindre en Amérique. Nout était boudeuse et furibonde, Litneferti résignée et malheureuse. ce fut Nemenrê, l'impétueuse Nemenrê qui défendit leur parti que je niais en bloc. Nout pour qui la lumière du jour n'était plus mortelle, partit en pleine journée et me laissa dans une colère terrible. Je vampirisais des hommes pour les envoyer aux quatre coins du monde afin de la retrouver et de me la ramener chez nous, à la Nouvelle Orléans. Je soupçonnais Nemenrê d'en être la principale actrice, je crois qu'elle voulait me montrer par le plus brillant exemple que je n'avais plus de pouvoir sur mes femmes. Litneferti en mourrait d'envie, je le voyais bien. Il me fallut de nombreuses années pour me rendre à l'évidence que pour demeurer aimé et respecté, je devais évoluer avec notre monde. Je laissais Litneferti partir, et Nemenrê me tint encore compagnie pendant quelques mois, jusqu'à ce qu'elle sente que j'avais accepté de renoncer à mon caractère misogyne. Il ne me fallut que quelques jours après son départ, pour faire naître l'idée de m'entourer d'esclaves femelles ou mâles humains qui par peur n'osèrent jamais réclamer plus de liberté que ce que je concédais.

Je reçus des visites de Litneferti et Nemenrê, mais Nout refusait à me pardonner. Elle ne fut lassée de ses voyages qu'en l'an 1994. Les années avaient coulé et avec elles son mépris. Nos retrouvailles furent celles de deux fougueux amants, et je retrouvais avec joie son caractère cruel, provocateur de mes irritations doucereuses qui appelaient à ma vengeance. Jamais plus cependant, je ne m'interposais entre elle et son désir de me quitter. Si bien, qu'elle n'en ressentit pas le besoin.

Nous croulions sous les plaisirs sans jamais en arrêter la course. Mon comportement vis à vis de mon clan s'était plus réformé en un siècle qu'en deux mille ans de vie. Sept ans après la venue de Nout, arrivèrent les "Égyptiens". Leur nom était aussi blasphémateur que leurs envies de conquête. J'appelais les Aegyptus, et même les Romanus et les Graecus à Los Angeles, là où se déroulait les principales interventions de ces extra-terrestres. Nous nous vîmes plusieurs fois ici chez moi, nous les treize anciens, afin de nous soulever contre cette race. Les Romanus furent bien plus à la hauteur de mes attentes, à la différence qu'ils servaient eux un bien plus louable parti que le mien. S'ils désiraient protéger les humains, je voulais moi ne pas risquer de ne plus être la race la plus puissante de la Terre. Et enfin, leur nom m'irritait au plus haut point. De quel droit avait-il pris le nom de mes racines ? Et exerçaient la religion qui fut mienne ? Comment cela pouvait-il être possible ? Je dois avouer qu'à cette heure-ci et même aujourd'hui, je suis, bien qu'irrité par leur présence, involontairement intrigué et concerné par les nombreuses similitudes qui nous lient. Que la guerre froide qui a éclaté ne m'empêche pas de mener ma propre enquête. Une telle coïncidence ne peut avoir cours sans raisons.

Et ces Cylons... que diable viennent-ils faire ici ? Se mêlant dans Ma Guerre et osant clamer qu'une méthode pacifiste peut être suffisante pour faire fuir ces Égyptiens ? Ah ! Comme ce nom m'est insupportable ! Ces envahisseurs de l'espace me préoccupent et je me fiche bien de devoir tuer des Cylons pour les faire enrager et les rallier à ma cause, pourvu qu'il me laissent mener mes intrigues. Nout, ma chère Nout, ma cruelle, est au courant de mes plans, et fera sans doute part à mes calculs. La voilà qui déjà s'amuse à chasser ces Cylons pour les séduire, me poussant encore à la vengeance. Bien sûr, ces meurtres sont maquillés, de sorte à faire croire à une attaque de ces vermines de l'espace usurpant mes racines.

Les Cylons ne furent pas les derniers opportuns qui vinrent troubler notre ère... des hommes du futur hanteraient parait-il nos rues. Voilà qui me plait, en avoir un ou une pour esclave apporterait un auguste touche à ma collection d'unités particulières.




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Dunlaïr, Roi des vampires

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